GROUPE DE PAROLE

Thèmes possibles à traiter en ordre du jour :

Objectifs :

Savoir qu'elles ne sont plus seules dans cette situation, qu'elles peuvent en parler, partager leurs expériences, leurs émotions.

Que le groupe devienne une source de soutien continu, pour s'affirmer et partager avec les autres des outils nouveaux pour affronter les problèmes anciens.

Au sein d'un groupe, la violence conjugale n'est plus subie seulement comme destin individuel, il devient repérable comme fait de société, crime social et culturel à l'encontre de ces femmes. Certaines ont traversé des phases que d'autres sont en train de vivre.

Elles savent de quoi elles parlent au plus profond d'elles-mêmes. Elles s'encouragent, mutuellement elles se comprennent , elles se soutiennent tout en étant à la fois diverses et semblables. Elles peuvent dès lors affronter les questions qui les rongent individuellement.

Ensemble, elles peuvent retrouver la mémoire des gestes, la mémoire des mots enfouis au plus profond d'elles-mêmes, pour tenter de retrouver une cohérence dans leur vie.

Elles vont pouvoir mettre en place les démarches légales pour se protéger, pour en parler avec leur entourage, pour s'expliquer enfin avec la famille et la justice. Il s'agit d'exprimer d'autres modalités de la relation .

Une fois la confiance retrouvée, il est important de pouvoir faire un travail de réflexion sur la coparentalité. Il est vrai qu'un couple qui se sépare fait souvent l'erreur de confondre conjugalité et coparentalité. Dans la mesure où il n'y a plus de vie conjugale, le parent "gardien " éloigne le parent "non gardien " de son enfant qui vit avec lui.

Aujourd'hui la majorité des femmes a rejeté le partenaire. Le rôle du père est inexistant ou peu existant (en général, les enfants sont confiés à la mère). Par l'échange au sein du groupe de parole, elles pourront accéder à un changement de réflexion par rapport à la position de l'autre parent vis à vis de l'enfant, sans se disqualifier dans une position binaire où l'un ou l'autre serait éliminé.

La rupture conjugale ne met pas fin à la parentalité. Il est nécessaire Aujourd'hui d'aller vers l'égalité des mères et des pères, vers la coparentalité pour favoriser le développement de l'enfant.

Objectifs fondamentaux du groupe de parole :

Les femmes victimes de violences conjugales participant au groupe de parole pourront retrouver autonomie et confiance. Le groupe de parole est centré sur les effets actuels des violences subies et sur la recherche des moyens pour se libérer de ces handicaps émotionnels, affectifs, sexuels, relationnels.

Organisation et moyens :

Réunion bimensuelle de 2 H 30 environ

Règles :

 

Contenu :

Thèmes possibles à traiter en ordre du jour :
1.Mes origines
2.Ma différence de culture
3.Comment m'intégrer dans la société avec ma différence ?
4.Pourquoi ai-je besoin de ce groupe ?
5.Remords et ressentiment
6.Mes appréhensions
7.Ce que j'aime le plus en moi et ce que j'aime le moins
8.Comment je prends soin de moi-même et comment je satisfais mes propres besoins ?
9.La colère : comment réagir à la mienne et à celle des autres ?
10.Comment agir dans mes relations avec les hommes ?
11.Ce que je crois que les gens pensent de moi, par rapport à ce que je pense être vraiment.
12.Mes responsabilités envers moi-même et envers les autres.
13.Se faire plaisir
14.La honte
15.La peur
16.La culpabilité
17.Le sujet tabou "La sexualité".
18.Moins je parle de moi, plus je me sens mieux. Plus je parle de moi, moins je me sens bien.
19.Comment accepter l'autre conjoint séparé dans son rôle de parent
Et d'autres.

Déroulement de la rencontre :

Le rituel

" Comment ça va ? " Chacune est invitée à dire comment elle se sent Aujourd'hui, maintenant, et quelle est sa disponibilité intellectuelle ou émotionnelle pour la rencontre. Cette séquence va permettre à toutes les participantes d’être consciente de l’état d’esprit de chacune à ce moment là.

Répartition du temps de travail
Le temps de parole pour chacune est le même. Au début de la rencontre, l’animatrice favorise et encourage cette prise de parole et ce centrage sur soi même peu habituels
" As-tu une attente particulière Aujourd'hui ? " " As-tu besoin … "
Il s’agit essentiellement d’identifier les attentes des femmes, leurs motivations à participer au groupe. Pendant que la personne concernée s’exprime, aucun membre du groupe ne peut l’interrompre.
 
Cette séquence est le moment privilégié pour chaque participante. Ce temps lui appartient. Elle peut pleurer, chanter, crier, parler…. Elle bénéficie de l’attention et de la solidarité de l’ensemble du groupe. C’est le moment où elle reçoit sa part d’attention, d’affection, d’écoute de toutes.
 

 

Les appréciations:
Les appréciations constituent la dernière séquence du groupe. Il s’agit à cette phase de la rencontre d’exprimer ce qui a été ressenti comme positif, important, consolant à partir de l’apport d’un membre du groupe.
Cette séquence n’évoque que des éléments positifs et permet d’exprimer la gratitude et la satisfaction. Exprimer à l’une ou à l’autre ce qu’elle a donné de précieux est important pour reconnaître ce que chacune apporte au groupe et le souligner. Il faut être sincère, on ne peut dire que ce que l’on pense vraiment.
 
La personne à qui est adressée l’appréciation doit l’accepter sans la minimiser, sans la détourner, sans l’annuler. Il est possible aussi de demander les appréciations que l’on souhaite et enfin on peut s’en donner à soi-même, devant le groupe.

 

Conclusion

La violence familiale ou conjugale induit une grave auto-dévalorisation chez la femme agressée. Le partage avec d'autres femmes leur permet de découvrir que ce qu’elles éprouvent fait parti des conséquences habituelles, normales dans une situation de traumatisme.
" Si les autres ressentent la même chose, alors je ne suis pas folle, ce que je ressens est normal "…
Les femmes vont retrouver leur histoire et se réapproprier leurs émotions. Chacune peut adapter peu à peu un sentiment et un regard différent sur elle-même et donner un sens positif à leur ressenti.
L’objectif principal est que les participantes aillent mieux, qu’elles se retrouvent et retrouvent les capacités qui sont les leurs. La parole au sein du groupe est utilisée pour verbaliser les actes de violences et leurs répercussions : émotions, douleurs, réactions, terreurs, phobies, désespoir.
C’est aussi favoriser la parole, parler pour sortir de la culpabilité en rendant sa responsabilité à l’auteur de l’agression, parler pour porter plainte, pour créer, pour dénoncer devant d’autres….
 
Le groupe sert à recréer des liens en parallèle en partageant avec d'autres, en s’intéressant à d'autres, en envisageant l’avenir. La conviction et l'énergie des personnes du groupe est un puissant levier. Il soulève des montagnes. Peu à peu les "victimes " de la violence conjugale ou familiale retrouvent leur autonomie et se reconnaissent comme "sujets". Elles peuvent reconstruire leur vie en prenant compte de ce qui s'est passé : " de cet avant ", et de mettre en place des projets selon leur désir : " de cet après "

Ordre du jour :

  • Présentation de chaque participante, résumant leur situation.
  • Pourquoi, ont-elles décidé de participer à ce groupe ?
  • Quelles émotions éprouvent-elles en étant dans ce groupe ?

 Première réunion : le 8 février

Le fait de rencontrer d'autres femmes ayant subi la violence intra-familiale permet à chacune de prendre conscience qu’elle n’est plus seule. Dans ce lieu qui leur appartient pendant 1h30, elles osent parler de leur vécu sans gêne, et laisser les émotions sortir de leur corps. Elles se permettent de parler d'elles, d’éprouver à la fois la douleur de leur vécu et la joie d’être ensemble et de se soutenir.

Beaucoup de larmes se sont évacuées…………

La plupart des femmes s’empêchent de penser à elles, de se faire plaisir, de prendre du temps pour elles. Elles ne font que donner, donner à leurs enfants, à leur mari ou compagnon.

Elles apprennent à créer des moyens pour être mieux, des objectifs à court ou moyen terme pour elles et non pour les autres.

Le fait de décider d’un thème de leur choix à chaque réunion, permet de ne pas s’égarer dans la réflexion pour mieux approfondir le thème choisi.

Généralement, le thème choisi est souvent lié à la violence qu’elles ont subie. (Thème choisi la prochaine réunion : la colère : la mienne et celle de l’autre. Ce que la colère me fait éprouver ! ).

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Thème : La colère

Réunion du 22 février

En début de réunion, chaque participante évoque un moment où elle s ‘est sentie bien intérieurement (ex : Se retrouver le soir à lire un livre sans un bruit autour d’elle, visiter une exposition de peinture, savourer un super plat….). Il est important de commencer la réunion avec un sentiment positif, et de la terminer de la même façon.

L échange sur le thème de la colère a été très intense. Dans leur vie, rares ont été les moments où elles ont pu exprimé leur ressenti autant par rapport à leur propre colère qu’à celle des autres. Leur sentiment par rapport à la colère a été identique : d’un côté, grand soulagement d’extérioriser ce sentiment d’injustice et de l’autre, sentiment de culpabilité de ne pas pouvoir se maîtriser. Elles ont réfléchi sur le ou les moyens de comprendre la colère, et sur ce qu’elles ressentaient à ce moment là.

Thème : Comment je prends soin de moi-même et comment je satisfais mes propres besoins ?

Réunion du 8 mars

Ce thème est très important pour les femmes ayant subies la violence.

En général, elles ont du mal à prendre soin d'elles.

Elles ne savent pas et ne peuvent plus savoir si la maltraitance qu’elles subissent est inéluctable, si elles sont vouées à une condition femme, intraitable ou s’il est bon qu’elles se rendent coupables d’un sort mérité parce que mauvaise épouse, mauvaise mère...

Dévalorisée par leur conjoint, culpabilisée par leur "non-perfection "(ce que dit le conjoint), systématiquement elles agissent pour les autres, et en fonction des autres (enfants et/ou conjoint).

Je leur ai demandé de raconter une ou des situation(s) où elles prennent soin d'elles. D’emblée, elles me répondent qu’elles n’en ont aucune.

Alors, je leur demande de prendre quelques minutes pour réfléchir à la question !

Par la suite, des situations précises de satisfaire leur propre besoin et de prendre soin d'elles émergent de leurs paroles. Elles ne se rendent même pas compte et ne ressentent même pas qu’elles se font plaisir parfois. Comme un sentiment de vouloir cacher ces moments privilégiés et culpabilisants à la fois.

Elles se font plaisir pour se sauvegarder (Je mérite de me faire plaisir), et en même temps elles n’en ont pas conscience. (Je ne mérite pas de me faire plaisir).

En verbalisant ces moments personnels, elles se sentent soulagé et déculpabilisé. Aujourd'hui, elles se donnent le droit de prendre du temps pour elles et se faire plaisir.

Mais elles ont toujours du mal à s’accepter, à se valoriser, à exister pour elles. Elles ont tellement vécu la négation de leur personne, et la dévalorisation d'elles-mêmes (provoquées par le conjoint) qu’elles s’auto-punissent.

Dans la vie commune, les femmes ont été prises dans des situations conflictuelles. La difficulté d’être fidèle au modèle familial que les parents leur a inculqué, la pérennité du couple, le bien-être des enfants au détriment de leur propre bien-être.

Le fait que ces femmes osent pour la première fois parler de leur révolte, d’exprimer leur émotion, c’est déjà prendre soin d'elles.

Au début de la vie commune, elles feignaient de croire que les choses allaient s’arranger. Elles temporisaient, ne comprenant pas toujours ce qui se passait, les raisons d’une brutalité qu’elles découvraient.

 

D’après leur récit, elles ont subies des carences affectives : Familles éclatées ou inexistantes, parents désunis, mort précoce des ou d’un parent, violence dans la famille d’origine. Elles ont d’autant plus investi dans leur couple et dans la famille qu’elles ont tenté de construire. D’où ce sacrifice par rapport à elles-mêmes, et le refus de se faire plaisir.

Elles restaient cachées et secrètes car elles s’exprimaient rarement en dehors du cadre familial. Ce secret lié à la honte d’un tel fonctionnement, la femme l’évoque souvent. Le silence paraissait impossible à rompre.

Mais plus elles tentaient d’exister par elles-mêmes, de développer une énergie pour résister aux coups, plus elles étaient battues. D’où refus de nouveau d’exister pour elles.

Aujourd'hui, elles ont décidé de s’éveiller à une vie de femme, responsable, indépendante, d’assumer leurs actes, et de rester mère au sens plein du terme. D’où autonomie et décision de vivre pour elles.

Elles ont pris conscience pendant la réunion, que le fait d’avoir enfin changer de statut (refuser d’être la victime), c’était déjà prendre soin d'elles.

Par la suite, elles n’ont raconté que des situations où elles prennent soin d'elles, où elles se font plaisir, (rester dans la salle da bain pendant ½ heure et se bichonner, aller chez le coiffeur, prendre du temps pour lécher les vitrines.).

Elles en sont arrivées à s’accepter en temps que personne existant réellement pour elles-mêmes et non plus s’oublier, s’isoler et paraître…

D’où le choix du prochain thème : Ce que je crois que les gens pensent de moi, par rapport à ce que je pense être vraiment.

 Thème : Ce que je crois que les gens pensent de moi, par rapport à ce que je pense être vraiment.

Réunion du 22 mars

Une nouvelle personne a rejoint le groupe. Nous avons pris le temps nécessaire pour que chacune se présente ou se représente pour continuer à créer le lien entre chaque femme.

Ensuite, nous avons commencé à réfléchir sur le thème proposé toujours lié au travail de chacune vers l’autonomie et la confiance en soi.

La tension est très intense car chaque femme ressente une émotion très forte par rapport à l’image qu’elle donne d’elle aux autres.Par des mots différents mais malgré tout similaires, elles ressentent toutes le besoin de toujours faire plus qu’elles ne voudraient pour être davantage appréciées.

Pour elles, il est important de donner une image positive d'elles-mêmes aux autres car elles ont vraiment besoin d’être acceptées par leur entourage (voisins, collègue de travail…).

Comme elles disent, 70% de l’apparence qu’elles donnent à l’extérieur correspond à elles-mêmes et 30% n’est qu’une fausse image.

Inconsciemment, ce besoin de plaire, ce besoin de montrer cette image "parfaite " et "positive " leur font prendre conscience qu’il est important de rester soi-même pour devenir une personne à part entière.

Pourquoi cette fausse image ?

Car elles n’ont pas confiance en elles, d’où la nécessité de paraître.

Sinon, elles éprouvent le sentiment d’être rejetées par les autres, le sentiment de n’être pas acceptées, le sentiment de ne pas être aimé, sentiment que leur conjoint leur renvoyait par la culpabilité, la dévalorisation et le non respect.

Elles veulent être comme tout le monde….

Par rapport à leur "ego ", il est nécessaire d’être apprécié par autrui pour exister.

Plus elles récupéreront de la confiance en elles, plus elles deviendront elles-mêmes.

Elles veulent Aujourd'hui retrouver leur identité, refuser d’être manipulées, s’accepter avec leurs défauts et leurs qualités, être valorisées… .

Etre en harmonie avec leurs actes et leurs pensées devient important pour retrouver leur force, leur bien-être, leur confiance en soi et leur autonomie tout en refusant de se sentir coupable de quoi que ce soit Aujourd'hui.

La femme se sent en effet encore culpabilisé d’avoir provoqué en partant l’éclatement familial, bien qu’elles sachent que partir était la seule solution possible pour elle comme pour ses enfants.

Malgré la fierté d’avoir rompu ce lien, le courage d’être partir, le sentiment de culpabilité est encore présent.

Dominer la peur de l’autonomie pour devenir une personne à part entière n’est pas si simple pour elles.

D’où le prochain thème : la culpabilité.

 Thème : La culpabilité.

Réunion du 29

Il est nécessaire de consacrer 2 réunions sur ce sujet.

La culpabilité est le premier sentiment qu’éprouve la femme victime de violence intra-familiale liée au sentiment de honte.

Quand elle subit cette violence, elle est persuadée d’avoir commis une faute.

Il faudra qu’elle se justifie d’une façon permanente et cherchera toujours à obtenir de l’autre le pardon et l’approbation.

Elle se sent tellement coupable, qu’elle trouve normal d’accepter le comportement d’agressivité et de dévalorisation de l’autre. C’est sa faute et elle le mérite. C’est ancré en elle…

Au début de la réunion, deux des femmes su groupe se sentaient très mal. Nous avons décidé de leur laisser du temps à chacune pour ressentir ce qu’elles éprouvaient à ce moment, et qu’elles pouvaient se permettre d’extérioriser le malaise.

Une fois le sentiment négatif évacué, nous les avons senti plus près de nous, avec nous, prêtes à partager les émotions et à échanger nos réflexions sur le thème de la culpabilité.

J’ai tout d’abord demandé à chacune ce qu’elles éprouvaient quand elles se sentaient coupable……..

Toutes ont tendance à se punir ou bien à développer un comportement perfectionniste que ce soit dans le travail domestique ou dans le milieu professionnel.

Elles se sentent tellement coupable que dans tout ce qu’elles entreprennent, elles trouvent que ce n’est pas encore suffisant. Il faut faire mieux et encore mieux et sans limites.

D’où sacrifice de leur personne au service du conjoint et des enfants.

Même Aujourd'hui, si quelques unes ont quitté le conjoint, elles se justifient encore vis à vis de leurs enfants. Il est difficile de sortir de cet automatisme.

Pour toutes aussi, tout plaisir personnel devient un interdit ou doit être accompagné ou suivi d’un déplaisir qui annule le plaisir par la souffrance.

Pour apaiser la culpabilité, elles ont besoin d’être puni ou de s’auto-punir.

Par la punition, elles ne perdront pas l ‘amour de l’autre et ce sera un moyen de " payer la dette " qui sauvegarde cet amour qu’elles ont peur de perdre.

Elles sont tellement angoissées à l’idée de commettre des fautes, qu’elles finissent par les faire quand même. Ce qui renforce leur sentiment d’auto-dénigrement.

A la fin de la réunion, toutes éprouvent un grand soulagement. Elles se sentent moins coupables à la culpabilité, et décident de trouver des éléments qui va leur permettre de l’être encore moins.

D’où réflexion pour la prochaine réunion.

Réunion du 12

Comme nous l’avons décidé ensemble, nous continuons sur le thème de la culpabilité.

Chaque femme doit raconter une situation dans laquelle elle s’est sentie vraiment coupable. Après avoir réfléchi à comment l’être moins, les autres femmes lui proposent d'autres idées complémentaires.

Il est important dans ce groupe d’entraide, que chacune soit à l’écoute de l’autre, et participe à l’évolution de chacune.

Qu’elles aient conscience de leur propre responsabilité dans le groupe, qu’elles se respectent, qu’elles se sentent un maillon de la chaîne qui va permettre à chacune d’avancer. D’où importance de soutien et de solidarité mutuels.

Il est nécessaire qu’elles ne restent pas dans leur propre souffrance, qu’elles soient actrices du groupe, qu’elles se sentent utiles, et valorisées dans ce qu’elles proposent. D’où nécessité d’échanges entre elles.

Beaucoup d’émotions se sont évacuées, car il n’est pas facile d’évoquer une situation dans laquelle elles se sentent tellement coupables.

Elles ont besoin de pleurer et de dire la colère qu’elles éprouvent pour avoir l’esprit clair, et de trouver les moyens pour mieux se sortir de cette culpabilité qui les a rongée depuis des années.

Nous avons passé plus de temps que prévu, car il est important que chacune prenne le temps de réfléchir sur elle-même dans l’objectif de retrouver leur identité, leur autonomie, être responsable de leur vie et ne plus être victime.

D’où le prochain thème choisi : La peur.

 Thème : La peur

Réunion du 26 avril

La peur est un sentiment que ressentent les femmes victimes de violence.

La violence crée la peur. Ces états de crainte comme l'inquiétude, la terreur, l'angoisse, l'anxiété les empêchent d'essayer de comprendre la situation de violence.

Ce sentiment d'insécurité indéfinissable les confine dans le silence et l'isolement.Quand nos participantes sont sorties de la violence, elles se demandent comment elles ont pu rester tant d'années avec un homme violent. Car aujourd'hui elles ont décidé de changer l'ensemble de leur mode de vie sans passer par la violence. Elles réfléchissent sur les moyens de communication, autre que la violence, même si aujourd'hui, elles vivent pour la majorité seules avec leurs enfants.

Elles travaillent sur elles-mêmes pour comprendre pourquoi elles ont accepté si longtemps cette violence, et peut-être reconstruire une nouvelles vie de couple avec des bases de communication autre que la violence.

Plusieurs d'entre elles, au début de la réunion ne se sentaient pas très bien. Elles ont décidé que chacune prenne le temps de prendre conscience de ce qui se passait en elle.

Certes, nous ne sommes pas contrainte de travailler sur le thème de la peur.

Si la majorité des femmes ont besoin d'extérioriser des sentiments négatifs, alors allons-y.

Plusieurs des participantes, ont vécu ces quinze derniers jours une ou des situations qui les ont réactivées. Il fallait absolument qu'elles se dégagent de ces émotions qui les empêchaient d'être elles-mêmes. Elles n'ont pu auparavant ni en parler, ni ressentir tout cette souffrance qu'elles gardaient depuis.

De la colère, de la peur, des larmes ont permis à chacune de se revaloriser, de se sentir présente et non plus de retomber dans ce sentiment de dévalorisation, de honte, et de culpabilité.

Même si elles sont sorties de la violence par la rupture d'avec le conjoint, elles restent encore très fragiles. . Sortir de la violence ne fait pas par magie.

Il faut du temps, de la patience……

Nous reprendrons le thème de la peur la prochaine fois.

Réunions du 3 et 17 mai

La peur est un sentiment ancré chez tout individu d'autant plus chez la personne victime de violence conjugale.

Ce sentiment d'inquiétude permanente, ce sentiment d'échec et d'incapacité, cette fatigue, ce faible enthousiasme vital confine la femme dans la dévalorisation et l'illégitimité de leur personne.

Aujourd'hui nos participantes sont prêtes de parler de la peur.

Chacune choisit un événement où elle a éprouvé ce sentiment.

A travers leur récit , elles exorcisent l'angoisse et la peur qui les freinent dans la démarche de l'autonomie et d'identité.

Elles expriment:

  • culpabilité, à l'illégitimité liée à sa naissance, à l'origine de son père, ou de sa mère, à l'injustice, au rejet…
  • A la fin de la séance qui dure aujourd'hui 2H car 1H30 ne suffisait pas, les participantes se sentent enfin soulagées de ce poids qu'est la peur. Elles ont pris conscience qu'en identifiant l'agent responsable de la peur qu'elles éprouvent, elles peuvent s'organiser pour éviter les situations où elles risquent d'être mis en sa présence.

    D'où le prochain thème : La honte.

     Thème : La honte

    Réunion du 1 juin

    Le sentiment de la honte fait parti des sentiments qu'éprouvent les personnes victimes de violences intra-familiale.

    La culpabilité favorise le sentiment de honte qui empêche les femmes de partir ou de parler d'où isolement de la personne. Elle est gênante, elle rend mal à l'aise. Le silence qui l'accompagne n'est pas seulement produit par la difficulté d'en parler, il est aussi fonction de résistances à la recevoir.

    La majorité des personnes présentes aujourd'hui sont trop réactivées pour parler de la honte.

    Elles demandent de reporter le sujet à la prochaine séance et de ressentir ce qu'elles éprouvent l'une et l'autre pour évacuer leur ressenti.

    Il est essentiel dans le groupe de parole de respecter leur rythme et leur choix.

    Si elles ont besoin de parler de situation qui les font souffrir, laissons les sentiments négatifs s'évacuer.

    Les femmes du groupe sont encore fragilisées par des situations présentes qui les renvoient à leur passé. Même si certaines d'entre elles ont quitté la violence conjugale, des traces de violences physiques, psychiques, sont encore présentes à la fois dans leur corps et dans leur esprit.

    Elles se révoltent ensemble, retrouvent la mémoire des mots et des gestes enfuis au plus profond d'elles-mêmes et tentent peu à peu de reconstruire la cohérence de leur existence.

    Il est utile pour elles qui ont été battues (physiquement ou psychologiquement) d'apprendre la colère, alors que pour leurs partenaires qui sont violents, qu'ils apprennent à la contrôler. La violence apparaît quand on considère qu'on a le pouvoir et qu'on a la droit de l'exercer.

    Beaucoup d'émotions partagées ont permis à toutes de recharger comme elles disent leur batterie…….

    Nous reprendront le sujet de la honte la prochaine fois.

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    Réunion du 14 et 28 Juin et 5 juillet

    La honte est le produit de violences humiliantes diverses et composées de sentiments variés : rage, culpabilité, amour, haine, colère, agressivité, sidération, peur…

    Ce sentiment de honte altère l'identité des femmes victimes de violence conjugale.

    3 réunions nous ont semblé nécessaires à propos de ce sujet.

    Ces trois phases vont permettre à chacune de comprendre le processus de la honte et pourquoi pas la minimiser.

    Qu'est-ce que la honte ?

    La majorité des femmes du groupe ont toutes ressenties la honte dans la violence conjugale subie. Elles ont eu honte de subir la violence du conjoint (en se culpabilisant), et à la fois honte de l'accepter.

    Cette honte psychique, perte de l'estime de soi, avoir le sentiment de ne plus mériter d'être aimé, se sentir dévalorisé, va peu à peu faire perdre la confiance en soi et l'amour propre.

    D’où l’importance du groupe de parole, pour qu’elles ne restent plus seules et qu’elles ne se sentent plus coupables de cette situation.

    C’est vrai qu’après le passage à l’acte du conjoint, que ce soit agression psychologique, physique ou sexuelle, l’homme va invalider son acte en responsabilisant la femme de son agression. Il évoque une excuse le concernant, il ne peut pas se maîtriser car il dit ne pas être fautif de l’acte. Elle va se sentir diminué et désolé, en se sentant coupable et elle a honte.

    Cette honte, elle n’en parlera à personne, puisqu’elle perd l’estime d’elle-même.

    La honte est le contraire de l’amour propre. Elle a honte d’elle-même, et se sent complètement effondrée. Elle ne peut plus s’aimer.

    Son image par rapport au regard des autres va se transformer en une image négative et humiliante d’elle-même. Elle ne pourra pas agir concrètement tellement elle se sent dévalorisé et démoli.

    La honte passe par les violences humiliantes du conjoint.

    La revalorisation et la reconnaissance de soi vont passer par la verbalisation des sentiments de souffrance. Ce sont des besoins primordiaux pour se sentir exister.

    En relatant une situation où elles se sont senties honteuses, (souvent une situation de violence conjugale), une décharge intense s’exprime à travers leurs paroles. Comme un volcan qui voudrait se mettre en éruption mais qu'un bouchon l’empêcherait d’exploser ?

    Elles ont tellement enfoui ce sentiment, qu’elles se sont permises de tout sortir d’un seul coup avec une intensité très dense. Des pleurs et des larmes ont coulé pour leur bien être.

    En exprimant la honte, chacune a pris conscience du danger, en l’acceptant sans rien faire contre .

    En échangeant par leurs propres mots une situation où elles ont senti la honte, elles ont repéré certaines caractéristiques communes à ce sentiment.

    En ayant honte, elles ne s’autorisent pas à exister, elles n’ont pas confiance en elles, et se sentent dévalorisées. Elles se sentent différentes des autres, inférieures, coupables des faits, démunies face à la situation, imparfaites, négatives.

    Par la suite, elles me disent être plus sereines, calmes, en harmonie avec leur corps et leur esprit, et qu’elles auraient dû en parler plus tôt.

     

    Quels sont les moyens et outils pour éviter de ressentir la honte :

    Par la suite, nous essayons de trouver des facteurs pour s’empêcher de ressentir le sentiment de honte, ou du moins de le minimiser.

    L’humour est un moyen de s’empêcher de souffrir donc de ne pas tomber dans la souffrance.

    En tournant la situation avec humour, le sentiment de honte est minimisé. Avec l’humour, on dramatise moins la situation, donc il y a moins de souffrance.

    Un autre moyen de détourner le sentiment de honte est de modifier la situation en son contraire. Une des femmes nous donne un exemple :

    Quand elle était petite, elle avait honte de son père car il portait les cheveux longs. Tous les autres papas avaient les cheveux courts. Elle avait tellement honte, qu’elle décide un jour de se dire : Mon père est formidable car il n’est pas comme les autres, il est un artiste et j’en suis fière. Depuis elle raconte à toutes ses amis que son père porte les cheveux longs car il est un artiste. Ce qui a valorisé la petite fille qui était fière de son père et n’avait plus cette honte.

    Ces séances sur ce sujet ont rompu ce tabou qu’est la honte. Elles ont pu exprimer de vive voix et par des sensations intenses tout ce trop plein de honte qu’elles véhiculaient depuis ;

    Le fait de parler de la honte les ont déterminées à continuer à se reconstruire en dégageant de plus en plus les sentiments qui les empêchent d’être complètement elles-mêmes.

    La majorité des femmes vont partir en vacances, donc il n'y aura pas de groupe de parole pendant le mois d’août. Il est essentiel de garder l’harmonie du groupe. Chaque femme est un maillon de la chaîne.

    Mais depuis s’est créé entre elles un réseau d’entraide. Elles se sont engagées mutuellement de s’appeler si une d’entre elles se sent mal, pour demander du soutien.

    C’est un des objectifs du groupe de parole……

    Début septembre, nous reprendrons le groupe de parole. En attendant, laissons les se soutenir entre elles pendant le mois d’août, situation importante pour leur reconstruction mutuelle.

    Theme: Remords et ressentiments

     Réunion du 6 septembre:

    Après un peu plus d’un mois d’absence, nous voici Aujourd'hui toutes réunies et contentes de nous retrouver.

    Nous n’avons pas choisi de thème. N’ayant pas été en lien depuis mi juillet , il est important que chacune fasse un bilan de ce qui s’est passé depuis, afin qu’elles puissent se retrouver en sécurité.

    Durant cette absence, elles ont été obligées de se prendre totalement en charge. Ce qui d’après leur récit, a été d’un grand bénéfice pour chacune.

    Par rapport à l’un des objectifs du groupe de parole ,( pouvoir créer un réseau entre elles en cas de besoin), elles ont pu pendant cette absence mettre en place ce réseau. Elles se sont soutenues mutuellement , se sont aidées, se sont écoutées, ensemble afin d’aller mieux. Pour la première fois, elles se sont permises de demander de l’aide et d’en donner à la fois.Ce qui ne s’était jamais produit.

    Elles se sont faites confiance en instaurant durant les vacances cette aide mutuelle, et se sentent fières, fortes et à la fois autonomes.

     

    Mais elles sont soulagées de reprendre le groupe de parole. Malgré l’évolution de leur construction en tant qu’individu à part entière qui peu à peu leur fait prendre conscience du choix de leur propre existence, la souffrance de leur vécu s’estompe mais ne se dissipe pas. Les émotions et les sentiments liés à la violence conjugale sont encore très présents . Même si matériellement elles sont devenues autonomes, psychologiquement elles sont encore très fragiles . Le travail sur l’estime de soi, la confiance en soi demandent beaucoup de temps et de patience.

    A la fin de la réunion, elles font éclater leur joie et leur sentiment de sécurité de se retrouver ensemble afin de pouvoir encore davantage s’entraider et avancer par rapport à leur construction.

    Une personne du groupe a décidé d’arrêter. Quand un membre du groupe décide de partir, il est important qu’il explique les raisons de son départ, pour qu’il n'y est pas d’ambiguité . Chaque membre du groupe est responsable de ses actes et de ses choix. L’essentiel est de se prendre en charge dans la décision que l’on a choisie.

    Quand un maillon de la chaîne manque , il peut être remplacer. Sachant le départ de cette personne , je leur ai annoncée la venue d’une nouvelle personne à la prochaine réunion …..

    Une situation qui va permettre de créer un dynamisme au sein du groupe. Il est important de toujours avoir l’objectif de redynamiser le groupe. Si les personnes recréent trop de sécurité entre elles, elles s’en confortent, et peuvent stagner dans leur évolution. D’où importance de redynamiser un groupe de parole par la venue d’une nouvelles personne afin qu’elles ne perdent pas de vue la réalité.

    Réunion du 20 septembre

    Comme nous l'avions annoncé à la réunion précédente, une nouvelle personne se joint Aujourd'hui au groupe de parole. Elle a un peu peur de rencontrer les membres du groupe . Cette réticence se sent aussi du côté des autres participantes.

    Pour instaurer une sécurité mutuelle, nous leur proposons de se présenter afin de créer un nouveau lien . Il est important que cette confiance mutuelle s’instaure de suite afin que chacune ne se sentent pas réticente de parler .

    Beaucoup de femmes victimes de violences conjugales, sont désorientées quand une situation spécifique est modifiée.Les points de repères n’existent plus,d’où nécessité pour elles de se réadapter à de nouveaux changements afin qu’elles trouvent les moyens et outils pour se repèrer.

    La nouvelle participante ressent de suite qu’elle est comme les autres. Elle prend conscience qu’elle n’a pas été la seule à vivre des situations de violences conjugales. Ce qui la rassure. Au fur et à mesure des paroles dites, les autres participantes ont envie que cette nouvelle personne fasse partie des maillons de la chaîne. Leur présence suffit pour créer cette sécurité et cet environnement où on peut tout dire et tout ressentir.

    La cohésion du groupe et les liens solidaires entre les membres rassurent et responsabilisent chacune.

    Le climat du groupe où la sécurité et la confiance sont constantes favorise l’émergence des changements et évolution.

    La notion du partage , du respect, de la coopération de chacune accentue ce climat.

    Beaucoup d’émotions et beaucoup d’appréhensions se sont dégagées.

    A la fin de la séance, nous avons demandé à chacune ce qu’elle ressentait du fait de la venue d’une nouvelle participante.Elles ont toutes eu l’appréhension avant de venir. Elles avaient peur que la sécurité qu’elles avaient établies entre elles puisse être détruite. Mais à leur grand étonnement la chaîne s’est recréée.

    La nouvelle participante est soulagée d’avoir enfin osé parler de son histoire au groupe. D’après ces mots " J’ai comme l’impression de renaître Aujourd'hui dans ce groupe, d’être reconnue en tant que personne à part entière ,de puiser de l’énergie dans le groupe, et de dire ce que je ressens au fond de moi ". Elle décide de revenir.

    Nous leur proposons de choisir un thème pour la prochaine fois.

    Elles se disent prêtes enfin à pouvoir parler de la sexualité. Ce qui certainement sera aborder durant plusieurs séances.

    A bientot...

     Thème: La sexualité

    Réunion du 4 octobre

    Aujourd'hui dès le début de la réunion le groupe dégage de la peur, de l’insécurité…..Le rite du tour du groupe va permettre de déceler un mal être de chacune.

    Chaque membre dit ne pas aller bien, verbalise le besoin d’évacuer ce qui les met mal à l’aise. Rares les fois où elles sont toutes réactivées par une situation.

    Le fait peut-être d’avoir choisi le thème de la sexualité à la dernière séance les met mal à l’aise. Elles ne sont peut-être pas prêtes à en parler Aujourd'hui, elles ont besoin encore d’un certain temps pour aborder ce thème sans crainte et sans angoisse.

    Elles sont encore fragiles, et trop sensibles pour mettre à plat ce que représente pour elles la sexualité, ce qui les fait souffrir et ce qui leur manque aussi. Car la plupart n’ont pas de vie sexuelle depuis des années, et même pas simplement de l’affection d’un partenaire ou ami. Elles sont méfiantes par rapport à l’homme quel qu’il soit…. Elles ont besoin d’abord de se sécuriser et de retrouver complètement la confiance en elle pour pouvoir commencer à faire confiance à un autre homme.

    La majorité de ces femmes ont très peu d’ami homme dans leur entourage, car elles appréhendent de retomber dans la situation de violence.

    Elles ne veulent plus communiquer par la violence. Elles souhaitent Aujourd'hui trouver un autre moyen.

    Le temps est partagé entre chacune afin qu’elle puisse décharger ces émotions qui les empêchent d’être complètement elles-mêmes, qui les font souffrir.

    Toutes relatent une situation présente qui leur rappelle une situation du passé en lien avec la violence même sous-entendue…..

    Quand nous leur proposons à chacune de prendre du temps pour décharger ces émotions qui les rendent mal à l’aise, et que nous reportons le sujet de la sexualité à plus tard, la plupart acquiesce et en même temps disent qu’elles n’ont plus grand chose à dire de la sexualité. Il y a comme un décalage entre la sexualité et ce qu’elles sont Aujourd'hui. Nous n’insistons pas, et chacune prend le temps disponible pour partager ses émotions avec les autres.

    A la fin de la réunion, nous leur proposons de reprendre le thème de la sexualité pour la prochaine fois.

    Réunion du 18 octobre

    Aujourd'hui, même insécurité, même peur que la dernière séance.Les membres du groupe ne sont pas encore aujourd'hui prêtes à aborder le sujet de la sexualité.

    Elles demandent encore du temps pour décharger leur malaise. Elles avouent ne pas pouvoir mettre à plat les mots et surtout les émotions concernant la sexualité.

    Elles décident encore aujourd'hui d'exprimer pourquoi elles ne peuvent encore parler de ce thème.

    Elles reportent de nouveau le sujet à la prochaine réunion.

    Réunion du 25 octobre

    Le thème de la sexualité doit être abordé aujourd'hui. Si chaque membre du groupe a encore peur aujourd'hui d'en parler, on pourrait pendant des semaines et des mois éviter ce sujet.

    Un tour du groupe a lieu comme de coutume. Le groupe semble bien aller. L'une d'elle est tout heureuse d'annoncer une bonne nouvelle et elle se dit renaître de nouveau. Son espoir et la confiance en elle reprennent le dessus.

    L'animatrice propose d'emblée le thème de la sexualité en faisant constater que depuis 2 séances successives, le groupe a reporté le sujet. Aucun commentaire des membres mais une appréhension globale se dégage subitement du groupe.

    Elle propose que le thème soit abordé d'une façon légère, sans heurt. Par exemple parler des premières impressions par rapport au changement de notre corps à la puberté, comment ont été ressenti les premières règles, la poussée de la poitrine, les premiers sentiments amoureux de cette période……………

    L'idée est acceptée à l'unanimité, elles veulent toutes commencer la première.

    Les relations amoureuses ont été exprimées d'emblée. Pour certaines, la relation avec les hommes utilisés comme des kleenex a été relatée avec la prise de conscience d'une certaine vengeance par rapport à un viol subi. Par ce comportement vis à vis des hommes, c'était à cette période le seul moyen de se faire reconnaître en tant que personne en inversant le rôle de la victime et de l'agresseur.

    Des émotions et des mots par rapport à la vengeance ont pu soulagé ce sentiment enfoui. .

    A travers les dires d'un des membres du groupe, une autre femme a pu trouver un nouvel outil, pour affronter une souffrance qu'elle avait dénié depuis longtemps. Aujourd'hui, elle a pu exprimer cette souffrance et par la suite la reverbaliser d'une façon constructive et positive pour son évolution.

    La timidité par rapport aux premiers flirts; les premiers émois par rapport à l'homosexualité, la certitude et l'acceptation de ce nouveau sentiment ; les premiers sentiments d'amour vis à vis d'un homme ou d'une femme ont été exprimés.

    Selon l'éducation, selon la culture de chaque femme du groupe, la notion d'amour et la valeur des sentiments ont été différents. Chacune a pu s'enrichir en trouvant des nouveaux moyens pour aborder des problèmes mis de côté, et à la fois exprimer le sentiment d'amour au niveau de chacune.

    La domination de l'homme, le non-plaisir, le non-désir,le rapport sexuel forcé, ont fairt ressurgir de la colère et de la révolte avec beaucoup d'émotions et de souffrance.

    D'autres émotions vont refaire surface …………..

    A la fin de la séance, on ne peut plus les arrêter de parler ? Ca y est, elles sont prêtes pour continuer le sujet à la prochaine réunion.

    Elles ont pris conscience aujourd'hui, qu'en parlant de la sexualité, il est important d'exprimer ce sujet afin de pouvoir se dégager des souffrances souvent liées à ce thème considéré comme tabou.

    Nous continuerons la prochaine fois, ce sujet ……………

    Réunion du 8 et 22 novembre

    Le groupe semble décidé à continuer le thème de la sexualité. Elles ont pris conscience que toutes les situations vécues depuis leur
    enfance sont liées à la sexualité. Le manque d’amour, le manque d’attention, le manque d’affection sont pour une partie les origines de
    leur souffrance. Le sentiment de non respect de leur corps et de leur personne est pour elles un frein à leur évolution et construction.

    Par le groupe de parole qui est une démarche pour s’aider soi-même et s’entraider, elles peuvent aborder des sujets qui sont parfois
    impossibles d’exprimer quand elles sont seules en entretien.

    D’où l’importance pour l’animatrice de repérer de suite ce qui fait résonance pour l’une ou l’autre afin de l’accompagner soit dans son
    expérience, soit dans le partage de sa réflexion, soit dans ses émotions.

    Il s’agit pour les participantes d’expérimenter d'autres modalités de la relation et du sentiment éprouvé et de découvrir qu’elles vivent
    avec des souffrances qui peuvent s’atténuer avec le temps. Que cette souffrance ne va pas les empêcher de se reconstruire, et de s’aimer
    d’abord.

    Le thème de la sexualité leur permet aussi d’évacuer beaucoup de non-dit avec émotions, et de se reconnaître en tant que sujet et non
    plus en tant que victime. Le fait d’exprimer la colère, la haine ne va pas pour autant détruire la relation.

    Elles arrivent Aujourd'hui à parler de leur vécu avec moins d’appréhension et de vivre avec le "passé " dans le présent.

    Le climat du groupe où confiance et sécurité sont constants favorise beaucoup l’émergence de ces changements. Elles réapprennent à
    fonctionner autrement, à faire confiance, à coopérer, à être solidaire.

    Le thème du viol est très présent pendant ces deux réunions. Il est nécessaire pour certaines d’entre elles, de légitimer cette situation où le
    non-dit et la honte les empêchaient de parler de cette réalité.

    Ces deux séances ont été très fortes et très denses dans l‘expression des émotions.

    En ce moment la plupart des membres du groupe ont fait une rupture par rapport à la sexualité. Elles ne veulent et ne peuvent pas
    s’imaginer avoir une relation avec un homme ou une femme (par rapport à l’homosexualité). Elles dénient complètement l’existence de la
    sexualité. Elles n’ont plus confiance en les hommes.

    Elles sont en phase de reconstruction, c’est à dire d’abord se faire confiance pour faire confiance aux autres personnes et surtout aux
    hommes.

    Le deuil de la rupture conjugale n’est pas encore terminé d’où déni de la sexualité..

    Avant d’entamer une nouvelle relation, il est essentiel de travailler sur la réflexion du comment la rupture amoureuse peut être libératrice
    et devenir force de renouvellement et de créativité.

    Il est vrai que la rupture apporte en même temps que des souffrances, une sorte de virginité, une possibilité de tout recommencer
    puisqu'on a tout perdu.

    La dureté de la rupture, son caractère brutal, ses conséquences immédiates cruelles pour soi et pour les autres font oublier que rompre est
    un acte de protection de soi,

    de sauvegarde d’un équilibre intérieur menacé, et dans le cas des violences conjugales un acte de survie. On ne rompt pas si quelque
    chose d’essentiel en soi n’est pas en jeu : l’autonomie, l’équilibre.

    Elles ont encore le sentiment de trahison en ayant pris la décision de rompre, lié à l’ordre familial, l’ordre moral, l’ordre social….

    Ce discours est similaire avec celui de la sexualité et de ses interdits, qui dans la confusion et le non-dit suggère danger et faute….

    Elles ont le besoin de parler de la rupture.

    En interrompant cette continuité liée au processus de la violence qui leur semblait "normale "et qui leur avait fait oublier leur existence,
    elle ont pris conscience Aujourd'hui qu’elles ne sont plus en mesure d’assurer, de la même façon la poursuite de leur vie car les conflits
    intérieurs et extérieurs trop forts les a mener à un état de tension insupportable et invivable.

    Supprimer les causes de la tension en quittant le conjoint violent devient une nécessité avant qu’elle ne mène à des solutions qui
    échappent à leur contrôle, telle la maladie ou la dépression…

    Par la rupture elles requièrent énergie, courage, et lucidité. Elles produisent de la vie, des armes pour se battre.

    Elles trouvent de nouvelles ressources pour remplacer par autre chose ce qu’elles ont déjà quitté, pour découvrir d'autres solutions, pour
    inventer de nouveaux équilibres.

    La rupture conjugale est un passage difficile, cet intervalle entre la certitude de la perte et l’incertitude de ce qui va être conquis, ouvre la
    voie à un changement, à une régénération, à une créativité. C’est toute l’ambiguïté de la rupture, elle libère à la fois des forces mortifères
    et des énergies créatrices.

    A travers le thème de la sexualité elles vont pouvoir se légitimer, par rapport aux différentes situations de souffrances qu’elles ont vécues.

    Nous continuerons le thème de la sexualité, la prochaine fois.

    Réunion du 8 décembre

    Aujourd'hui les participantes sont surprises de découvrir que l’une d’entre elles est habillée avec féminité et allure. Ce qui est très rare chez l’ensemble des participantes du groupe. Elles sont en général habillées plutôt sobre et pratique.

    Des "ah ! ", Des "que tu es belle " introduisent la rencontre.

    Cette dernière dévoile qu’elle est amoureuse ; Cette nouvelle étonnante rend perplexe les autres.

    Le groupe décide donc de continuer le thème de la sexualité.

    Une impression de mieux être se dégage. Le fait qu’une des participantes puisse être amoureuse leur redonne un certain espoir par rapport au sentiment de désir.

    C’est vrai, depuis le début du groupe de parole, elles ne voulaient plus parler des hommes, plus les côtoyer, même pas envisager une relation d’amitié.

    Un rayon d’espoir se lit de nouveau dans les yeux de chacune. Si ce sentiment de désir est présent chez l’une, alors pourquoi pas moi se disent-elles !

    Se permettre à nouveau d’être femme, s’autoriser à s’habiller très "femme fatale " va leur permettre de retrouver leur féminité qu’elles avaient déni depuis leur rupture et de pouvoir envisager une relation d’amour avec un homme (ou une femme).

    Bannir toute relation avec les hommes n’est plus envisageable Aujourd'hui. Elles prennent conscience de l’importance du renouement et du lien nécessaire avec eux. Si elles ne passent pas ce cap, il est impossible de se reconstruire et de se retrouver elles-mêmes en tant que personne à part entière.

    Rejeter les hommes, dénier le sentiment de désir et la sexualité les empêchent d’évoluer.

    Elles se donnent le droit à présent d’exister et commencent peu à peu à modifier leurs comportements et surtout d’abord leurs réflexions.

    Cette rencontre a été un renouveau pour toutes.

    Nous continuerons la groupe de parole prochainement.

    Réunion du 13 juin

    Aujourd'hui le groupe semble prêt à reprendre le thème sur la sexualité. Depuis qu’une participante a retrouvé le sentiment du désir, les autres souhaitent en parler avant d’être disponible pour le ressentir.

    La plupart des participantes pensent que la sexualité est basée seulement sur le rapport sexuel avec un partenaire. En parlant de la masturbation, du regard sur une personne, de vouloir plaire, elles prennent conscience que toutes ces situations font parties de la sexualité.

    L’une d'elles dit ne pas avoir de sexualité. Elle s’étonne elle-même de ne pas ressentir de besoin, sans la moindre frustration. D’après elle, elle le compense par la tendresse et l’amour de ses enfants. Aujourd'hui cela suffit pour son équilibre (dit-elle).

    Tout en continuant à verbaliser sur le sujet de la sexualité, elle prend conscience que tant le jugement de son divorce ne sera pas officiellement prononcé, elle s’interdit tout ressenti de désir vis à vis d’elle même ou d’un partenaire. Elle s’empêche d’avoir ce désir, et bifurque par d'autres moyens pour se dire bien dans sa peau.

    A la fin du récit, elle sait qu’une fois son jugement prononcé, elle se permettra d’avoir ce désir d’affection : donner et recevoir de l’amour. Elle dit aussi ne pas être complètement libérer psychologiquement de son ex conjoint. Même violent, elle l’a aimé de tout son corps et de toute son âme. Il lui faudra encore du temps pour sortir de son emprise psychologique.

    Une autre participante parle de son corps. Depuis un certain temps, elle maigrit, son corps se transforme en corps d’adolescente. Cette période, elle ne l'a pas vécu, elle est passée du stade de l’enfance au stade d’adulte, due aux situations vécues. L’inceste ( subie pendant des années étant petite ) l’a empêché d’être une adolescente. Son fils Aujourd'hui 15 ans, lui transfert sa propre adolescence non vécue.
    Elle sent son corps vouloir vivre cette étape inhibée auparavant. A travers son fils, dit-elle, elle va pouvoir ressentir son corps, ses transformations, sans violence, et sans viol…..Elle veut s’en libérer pour pouvoir s’aimer Sa quête est d’être bien dans son corps pour être bien avec un partenaire. Elle souhaite apprendre à l’aimer , ce corps tant meurtri depuis des années. Elle souhaite ne plus en avoir honte. Etre belle, s’aimer, va lui permettre de retrouver la confiance enfouie au plus profond d’elle-même.

    L’une d'elles parle de sa timidité pour aborder d'autres personnes. Elle a du mal à rester elle-même quand elle ressent un désir . Elle a tendance à donner une fausse image d’elle de peur de déplaire ; En voulant être parfaite, elle crée des situations ambiguës.. Son comportement manque de confiance dit-elle, et quand elle veut plaire à une personne, celle-ci la fuit ! Pourquoi ? Elle perd tous ses moyens et devient "bête "comme elle dit. Plus elle est amoureuse, plus elle fait fuir l’autre, comme si elle ne méritait pas l’amour d’autrui, comme si elle s’en défendait.

    En extériorisant ses émotions, elle récupère d’emblée sa confiance en elle.

    Tous les ressentis verbalisés sur la sexualité par les autres femmes du groupe révèlent qu’elles s’interdisent de vivre une sexualité telle qu’elle soit.

    A la fin de la réunion, elles se sentent soulagées. Elles pensaient ne pas éprouver de désir, elles pensaient être anormales. En ayant parler de la sexualité, elles ont découvert qu’elles aussi avaient le droit à une vie sexuelle. La sexualité peut faire partie de leur vie de tous les jours.

    Réunion du 26 juin

    Aujourd'hui, le groupe décide de continuer de parler de la sexualité.

    Le groupe semble de plus en plus autonome, épanoui. Une confiance mutuelle règne de plus en plus.

    Une des participantes verbalise sur le " tout dire ". . Elle dit " tout dire " à ces enfants sauf une situation qui est Aujourd'hui pour elle importante. Pour avoir ses enfants (jumeaux) ; elle a dû utiliser le moyen de la fécondation in vitro. Ses enfants ayant 10 ans ne sont pas au courant de l‘origine de leur procréation. Elle prend conscience de l’importance de leur révéler. Le non-dit la met mal à l’aise. Elle dit ne pas leur avoir dévoiler, car elle a
    le sentiment que ce ne sont pas des enfants de l’amour Des enfants de l’amour doivent se créer par la relation entre l’homme et la femme sans passer par un moyen extérieur. En déchargeant cette émotion, elle réalise que ce n’est qu'un appriori qui l’empêche de croire qu’ils sont des enfants désirés.

    Elle dévoile aussi que sa fille fait un rêve régulier : " Sa mère n’est pas réellement sa mère ". Elle culpabilise de n’avoir pas procréer ses enfants naturellement. Le rêve de sa fille n’est que son propre ressenti. Sa fille sent que sa mère lui cache quelque chose. Elle perçoit une gêne de sa part,.. Sa fille sait déjà….

    Elle a ce sentiment de honte. Le non-dit peut créer la honte qui s’installe car elle est indicible. Elle est indicible parce qu’en parler conduirait à mettre à jour des choses inavouables et au risque d’être soi-même désavoué. Le silence joue le rôle de couvercle qui enferme la honte à l’intérieur de soi-même. Le simple fait de parler de la honte, permet de libérer une parole, donc il n'y a plus de non-dit.

    Elle décide coûte que coûte d’en parler à ses enfants, persuadée Aujourd'hui qu’ils sont vraiment des enfants de l’amour…..

    Une participante prend conscience de son trop plein d’activité pour s’empêcher de se ressentir au plus profond d’elle-même. Elle reconnaît ressentir du désir sexuel quand elle croise des hommes, mais de suite elle vaque à des activités qui l’empêchent d’aller au bout de ses sentiments. Elle ne se sent pas prête à aimer et à être aimé. Elle a peur, elle se sent moche, horrible, " pas féminine pour un sou " dit-elle…. " Personne ne peut m’aimer
    car je n’attire aucun homme ". En extériorisant toutes ses dévalorisations, elle se rend compte qu’elle est aussi jolie qu’une autre femme, et qu’elle peut aussi plaire. L’estime d’elle-même renaît. Elle a tellement peur de se tromper qu’elle préfère ne rien engager….

    Une autre femme culpabilise d’aimer deux femmes en même temps. Déjà homosexuelle, elle se culpabilisait déjà vis à vis de la société. De plus aimer deux femmes en même temps, elle sent que c’est trop.

    Elle est en colère car elle ne peut dévoiler son homosexualité à l’extérieur, elle est en colère car elle n’est elle même qu’au sein du groupe de parole où elle peut tout dire. Elle voudrait s’accepter complètement , mais elle n'y arrive pas car son entourage vit avec ces tabous.

    Des émotions et des pleurs s’évacuent de son corps et de son esprit, elle décide de s’accepter comme elle est, elle s’engage de dire à certaines personnes son homosexualité , et se donne aussi le droit d’aimer deux femmes .

    Se libérer de tous les conflits, vivre pour soi et non pour les autres, être soi-même en permanence, et ressentir la vie , c’est le souhait de toutes ces femmes qui veulent tout simplement exister pour elles.

     Thème : Les appréhensions

    Réunion du 22 décembre

    En comparaison à la dernière rencontre, le groupe semble inquiet, contrarié, angoissé.

    Le rituel du "comment ça va ", dégage l’appréhension des fêtes de Noël. Elles sont mal à l’aise à l’arrivée des festivités. Beaucoup de souvenirs reviennent dans le présent.

    Elles ont encore du mal à mettre du sens à ce qui se passe et à ce qui s’est passé.

    L’une des participantes offre un cadeau à chacune. Un sentiment de gêne se ressent par rapport au cadeau reçu qu’elles disent ne pas mériter, et à la fois la gêne de n’avoir rien à offrir.

    Ce qui va permettre à chacune de verbaliser leurs émotions de cette situation.

    Elles méritent de recevoir un présent, elles méritent d’être reconnue comme une personne réelle.

    Après avoir partagé le temps, peu à peu elles vont adapter un sentiment et un regard différent sur elle-même

    Le contenu du groupe de parole est centré sur les effets actuels des souffrances subies et les moyens de se libérer de ces handicaps émotionnels, affectifs, sexuels, relationnels.

    Aujourd'hui, elles ont le besoin de décharger cette crainte, et cette appréhension des fêtes qui les rendent tristes, inquiètes, et coupables par rapport à leurs enfants.

    Trouver une entente avec le conjoint séparé par rapport aux dates des fêtes, afin que l’enfant vive cette période avec le moins de souffrance leur demande un grand effort.

    En dégageant peu à peu leurs émotions, elles vont pouvoir trouver les moyens leur permettant de faire face aux situations conflictuelles et difficiles.

    A la fin de la séance, elles se sentent mieux. Elles disent pouvoir envisager l’organisation des fêtes avec moins d’appréhension. Elles disent pouvoir créer, un vrai jour de fête et pourquoi pas redonner un sens à la vie, au plaisir.

    Nous nous retrouverons après les fêtes en espérant qu’elles se passeront le mieux possible pour toutes.

    Réunion du 3 janvier

    Après les fêtes de fin d’année, la majorité des participantes ont attendu avec impatience Aujourd'hui pour se rencontrer.

    Les fêtes de Noël sont souvent des périodes qui remémorent situations d’enfance, d’adolescence ou d’adulte où souffrance et manque affectif sont ressentis.

    La solitude est davantage présente à ce moment.

    Le rituel du "comment ça va " au début de chaque rencontre est le bienvenu. L’importance de cette séquence va développer la conscience de soi et la capacité à l’exprimer verbalement. Elle va permettre à toutes d’être consciente de l’état d’esprit de chacune à ce moment là.

    Aujourd'hui, elles ont besoin d’extérioriser ces sentiments de souffrance et de solitude. Leurs disponibilités intellectuelles et émotionnelles ne leur permettent pas de continuer le thème sur la sexualité.

    Dans un groupe de parole, il est important que chacune demande ce dont elle a besoin, entende les besoins exprimés par les autres et les respecte.

    Donc elles décident de partager le temps de travail avec la liberté d’exprimer leurs émotions sans thème spécifique.

    Chacune va exprimer ses émotions ressenties pendant ces fêtes. Elles vont enfin pouvoir libérer cette boule coincée dans l’estomac. Des pleurs, des rires, des cris vont les aider à se retrouver elles-mêmes.

    Par l’attention et la solidarité du groupe, elles vont recevoir cette écoute de toutes et pouvoir retrouver leur confiance et leur force et s’approprier leurs émotions.

    La fragilité par rapport à leur vécu est toujours présente, une situation spécifique peut complètement les réactiver et leur faire perdre leurs moyens. D’où nécessité pour elles de libérer ces émotions qui les empêchent de se faire confiance.

    C’est vrai que le sentiment de solitude est très présent. Le sentiment d’être différente, coupée du monde est une des atteintes les plus ressenties car l’intégrité psychique et/ou physique a été touchée.

    Ce sentiment est à l’origine du silence et de la non-dénonciation des violences subies par ces femmes.

    La rencontre avec d'autres, l’expression et la mise en commun des faits subis, des violences, des émotions, des souffrances conduit à reconnaître dans l’autre une femme semblable à soi confrontée à la même violation, souffrant des mêmes terreurs, éprouvant les mêmes agressions. Chacune s’aide elle-même à retrouver l’estime et l’amour de soi.

    En extériorisant, en verbalisant leurs souffrances, chacune va prendre conscience de son vécu.

    Partage et respect de la confidentialité, assiduité, coopération vont leur permettre de se restaurer dans leur identité. L’appui solidaire du groupe rend possible cette prise de parole et l’expression des émotions renforce leurs propres capacités à vivre et à surmonter les blessures infligées.

    En aidant les autres, elle s’aident elles-mêmes. Elles s’efforcent de restituer leur valeur aux actions, réactions, émotions et sentiments de chacune.

    Elles vont pouvoir adapter peu à peu un sentiment et un regard différent sur elle-même, qui leur donne le désir de continuer à se battre pour se retrouver.

    A la fin de la rencontre, elles se sentent soulagées. Une impression de légèreté et d’envol a remplacé la tension stressante et angoissante qui régnait au début.

    Nous reprendrons le groupe dans 15 jours.

     Thème: Pourquoi j'ai besoin de ce groupe

    Réunion du 17 janvier

    Le groupe semble toujours apprécier cette rencontre bi-mensuelle. Elles trouvent du soutien, de l’écoute, de la solidarité leur permettant d’être davantage elles-mêmes et pouvoir ainsi retrouver leur propre identité.

    3 personnes du groupe annoncent de bonnes nouvelles. Les autres semblent sereines et non angoissées.

    L’animatrice propose à celles qui dégagent de la joie et du bien être de ressentir leurs émotions par rapport au sentiment de bonheur et de bien être.

    Elles écarquillent les yeux. Elles ont tellement l’habitude depuis le début du groupe de parole de décharger sur des souffrances ou du mal être qu’elles ne comprennent pas qu’il est aussi possible d’évacuer des émotions de bonheur et de plaisir.

    Les autres membres travailleront si elles le peuvent sur des situations où elles ont pu ressentir un semblant de bonheur……

    Il est important de travailler sur des sentiments positifs. Ce qui va permettre de retrouver à moyen terme la spontanéité, la joie de la vie.
    Elles vont pouvoir se réconcilier avec elle-même, accepter la vie avec une vision positive, s’accepter soi-même.

    Elles vont être plus en phase avec elle-même, ne pas moraliser certaines situations, s’enrichir avec elle-même, se connaître davantage jusqu’au bout sans préjugés, sans apprioris….

    C’est la première fois qu’elles éprouvent autant de sentiments de joie, de vie, et de gaieté depuis cette rupture avec cet homme violent.

    Peu à peu, elles décident de choisir leur voie, leur chemin, pour complètement s’en sortir.

    Mener leur barque, seule, avec pour force la certitude de mériter le bonheur. Aujourd'hui, elles souhaitent réellement devenir elles-mêmes, rien ne pourra les empêcher de continuer leur reconstruction vers la liberté et la joie de vivre.


    Theme: Moins je parle de moi, plus je me sens mieux- Plus je parle de moi, moins je me sens bien.

    Réunion du 31Janvier

    Le groupe semble aujourd'hui plein d’entrain. Une impression de spontanéité, de joie de vivre éclaircit le regard de chacune.

    De plus en plus elles se sentent réconciliées avec elles-mêmes. Elles acceptent la vie et s’acceptent en tant que personne à part entière. Comme si une meilleure amitié s’était déclarée avec elles-mêmes et la vie.

    Elles donnent un sens à leur vie. Du sens à ce qui se passe et à ce qui s’est passé. Elles ne moralisent plus certaines situations, elles sont davantage en phase avec elles-mêmes et se font plaisir. Elles commencent à s’enrichir avec elles-mêmes, et à vouloir se connaître davantage.

    Aujourd'hui, elles décident de prendre du temps en fonction de leur ressenti. Le besoin d’extérioriser leurs émotions devient nécessaire.
    Elles refusent de garder en elles, ces sentiments négatifs qui les empêchent d’être dans le présent.

    Une des participantes (qui a 37 ans) dit vivre son adolescence en ce moment. Par procuration à travers son fils de 15 ans, elle ressent tous ces sentiments d’adolescente qu’elle s’était interdits de vivre. Elle est passée de la petite enfance à l’adulte sans vivre son
    adolescence car la situation familiale l’a empêché d’être adolescente.

    Une autre participante relate la trahison des hommes. Elle dit ne pas encore être prête à entamer une relation avec eux. La souffrance est encore présente. Le sentiment de trahison n’est pas suffisamment évacué pour qu’elle puisse envisager ne serait-ce qu'un sentiment
    positif vis à vis d’eux. Mais elle ne désespère pas, car elle sait qu’elle doit passer par cette phase de colère afin de retrouver confiance en elle et en eux.

    L’une d’entre elle évoque une situation inverse par rapport à son vécu. Elle se dit être toujours "dominée " par sa partenaire. Aujourd'hui, elle se sent dominante vis à vis de l’autre. Dominante, non au sens négatif, mais positif et constructif pour chacune. Elle dit ne pas manipuler sa partenaire, au contraire, elle veut la respecter jusqu’au bout. Elle a pris conscience du sens de la vraie relation entre deux personne.

    Une participante a un grand besoin d’évacuer sa douleur.

    Une douleur qui n’arrive pas à sortir complètement d’elle. Elle n’a plus peur, elle n’a plus honte, elle désire sortir sa douleur qui la ronge depuis des années. Elle ne veut plus de cette douleur, qui de jour en jour la diminue, l’affaiblit. Elle décide de décharger ce trop plein trop retenu. Elle n'en peut plus, elle n'arrive plus, Elle désire redonner un sens à sa vie, et un sens à son combat permanent.

    D'autres thèmes toujours en lien avec la souffrance, le respect de l’autre, la sexualité, l’amour des autres, l’amour de soi sont exprimés au cours de cette rencontre.

    Elles veulent triompher de leur "malheur ",

    L’espoir remplace la souffrance. En donnant sens à leur souffrance, l’espoir de vivre renaît. Ces épreuves, comme elles disent, les rendent plus fortes.

    Leur capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement va les amener à devenir indépendantes, autonomes et à aimer la vie, Leur histoire n’est plus un destin. Leurs histoires leur appartiennent et c’est elles qui tiennent les rênes.

    Thème: Pourquoi j'ai besoin de ce groupe

    Reunion du 14 Fevrier

    Le groupe semble aujourd'hui en forme.

    Une des participantes se dit "oxygénée ". Elle a l’impression que " ses neurones sont lavés ". A force d’évacuer les émotions par rapport à sa souffrance, elle se sent exister réellement. Elle ose prendre des décisions, et se fait de plus en plus confiance.

    Une autre verbalise qu’elle ne se recroqueville plus sur elle-même et se dit être en phase avec ses actes et sa pensée. Elle se sent pousser des ailes, comme une force qui la projette et qui lui permet de mettre en place des moyens pour atteindre ses objectifs.

    Un des membres du groupe se dit être plus ouvert aux autres. C’est à dire être plus positive et constructive dans l’interprétation de ce qui est dit. Et d'autres sentiments en majorité liés à l’autonomie se succèdent.

    Mais une des femmes exprime ne plus vouloir venir !

    L’animatrice lui demande la raison de cette décision. Elle dit que le groupe de parole l’aide beaucoup mais elle a l’impression qu’elle crée un sentiment de souffrance vis à vis d’une participante. Ce qui la culpabilise.

    Elle relate la souffrance qu’elle ressent souvent d’une personne du groupe quand elle exprime ses émotions. Elle ne veut pas la faire souffrir.

    L’animatrice lui propose de prendre son temps pour évacuer ses émotions par rapport à cette situation, et par la suite qu’elle prenne conscience que si l’autre personne se sent mal, c’est qu’elle n’a pas encore extériorisé sa souffrance complètement. A travers ses émotions cette femme voit sa propre souffrance.

    Elle pensait en avoir complètement terminé avec cette souffrance, mais à travers la réactivité, elle-même a pris conscience qu’elle a encore à évacuer ses émotions…. A la fin de son temps, la personne décide de continuer le groupe. Pourquoi l’arrêter s’il celui –ci lui permet d’avancer ?

    Après que chacune a pris son temps, l’animatrice leur propose d’énoncer un engagement à court ou moyen terme. Il est vrai, que prendre un engagement projette la personne vers l’avenir. C’est un moyen d’évoluer, de donner un sens à sa vie, et de croire en soi……

    Un des engagements d’un membre du groupe : Préparer une capacité en droit. Elle ne se sent pas encore reconnue par rapport aux démarches juridiques effectuées depuis des années et qui restent sans résultat. Comme elle dit "dans la souffrance, on apprend très vite ". Le fait d’être légitimer va lui donner la possibilité d’aimer et de s’aimer. " M’aimer pour ce que je suis et pas sur ce que je peux donner ".

    D'autres engagements sont verbalisés :

    Et d'autres engagements sont énoncés en lien à la difficulté de retrouver son identité et son autonomie

    Elles vont se donner le droit de vivre en harmonie totalement avec elles-mêmes et les autres. Elles comprennent peu à peu qu’elles ne
    doivent rien à qui que ce soit, et les autres ne leur doivent rien non plus.

    La plainte ne fait plus partie d'elles-mêmes. Elles ne refusent plus la réalité, et veulent rompre avec la peine et l’angoisse. Elles décident de grandir ou n’ont plus le regret d’avoir grandi. Elles renoncent au passé et s’orientent dans le présent et vers le futur. Elles ne se renferment plus sur elles-mêmes.

    Etre en accord avec soi, c’est faire avec tout et rien de la beauté et de l’harmonie, c’est renoncer à la définition de ce qu’il faut faire et du comment agir, c’est apprendre à s’amuser et à danser avec les personnes et les événements.

    Theme: Mes responsabilités envers moi-même et envers les autres


    Réunion du 28 février

    Le groupe de parole avait décidé depuis Noël qu'un déjeuner entre les participantes aurait lieu afin de fêter la nouvelle année.

    L’animatrice avait proposé, il y a quelques mois, que chacune prépare un plat et que ce repas se fasse au local afin de ne pas créer des
    dépenses supplémentaires. Mais toutes voulaient faire le déjeuner dans un restaurant. Ce qui sort de l’ordinaire pour la plupart d’entre
    elles.

    Ce déjeuner ne se fait qu’aujourd’hui car c’est le seul jour où tous les membres du groupe sont présents.

    Des participantes ne pouvaient pas payer le repas, et à l’unanimité les autres femmes décident de prendre en charge ensemble les 2
    déjeuners.

    L’animatrice propose que les 2 personnes ne pouvant payer la totalité du repas participent au repas de 10F.

    Ces 10F symbolisent leur participation. De ce fait, elles ne se sentent pas prises en charge par les autres. Elles sont d’accord.

    Une ambiance chaleureuse, gaie et joyeuse émane du repas.

    Toutes donnent l’impression d’exister, de revivre. La plupart d’entre elles vont peu au restaurant. Quelques-unes ont économisé depuis
    Noël pour se payer le déjeuner.

    Elles sont heureuses de se retrouver ensemble, à rire, à plaisanter, à savourer ce délicieux repas chinois (elles ont choisi elles-mêmes le
    restaurant).

    Organiser, choisir une situation leur permet davantage de se faire confiance. Elles avancent pas à pas mais sûrement malgré la crainte qui est toujours présente……….


    Réunion du 13 mars

    Le groupe semble aujourd'hui réactivé. Une des personnes a quitté son conjoint avec son fils. Cette situation déclenche un malaise au sein du groupe.

    L’animatrice propose à chacune de prendre du temps pour verbaliser leurs émotions par rapport à cette situation.

    La femme qui a fui son domicile demande à parler la première car elle n’en peut plus. A la fois elle est fière d’avoir pris cette décision, et a peur de la suite des événements, peur de ce qu’elle va devenir avec ses enfants, peur de s’être trompée, car elle dit encore aimer son mari. Elle dit qu’elle a quitté le domicile car elle veut faire prendre conscience à son mari de la situation de violence conjugale.

    L’animatrice l’oriente sur elle-même : ce qu’elle ressent par rapport à sa décision, à ses peurs, à l’avenir……… Elle appréhende le futur, et à la fois se sent fière de son acte.

    La plupart des femmes du groupe de parole ont déjà quitté le compagnon, ce qui a donné la force à cette femme de comprendre la nécessité de la rupture.

    Aujourd'hui elle se sent exister, elle veut que l’on sache la vérité, elle n’a plus honte, ne se sent plus coupable et se donne le droit de vivre pour elle et ses enfants. Elle n’admet plus que ses enfants vivent dans cette relation de violence entre le père et la mère. Elle veut être elle-même. Des pleurs et des larmes la libèrent et la rassurent.

    Une autre participante a le besoin d’exprimer son angoisse. Elle se revoit vivre sa propre rupture. Elle se sent très mal. L’animatrice lui demande de laisser son corps exprimer cette angoisse. La femme dit ressentir la souffrance de la période où elle avait pris la décision de rompre avec son compagnon. Elle a l’impression que cette situation s’est passé hier. La rupture actuelle de l’autre femme a projeté cette femme au plus profond de sa souffrance qu’elle croyait avoir évacuer complètement.

    C’est vrai que la moindre situation telle qu’elle soit, peut anéantir rapidement la force et l’énergie de ces femmes qui veulent à tout prix sortir de la violence conjugale.

    Une fois les émotions évacuées, elle énumère ses projets, sa joie de vivre, ses besoins pour aller de mieux en mieux. Elle se sait fragile, mais comme elle dit : je n’abdique pas, je continue à me battre pour moi et pour mon bonheur.

    Elle se dit vivante et non morte…..Elle continue à tenir ses engagements afin de se réaliser complètement dans les décisions qu’elle a prises.

    Un membre du groupe nous informe qu’elle va modifier son comportement. Elle sent en elle une "petite " souffrance qui l’empêche d’être complètement elle-même, qui la fait dépendre d’une autre personne. Depuis des mois et presque un an, elle attend sa réponse. Aujourd'hui elle décide de vivre sans elle. De la colère, de la haine, de la peur, de la tristesse s’échappent de son corps.

    Elle dit que c’est la seule solution pour avancer.

    Le groupe lui permet d’acquérir cette force de pouvoir fonctionner différemment. Le sentiment amoureux pour elle est le sentiment le plus cruel, le plus difficile à modifier quand la souffrance est présente.

    Toutes les autres verbalisent Aujourd'hui la difficulté de prendre des décisions, qui peut –être ne sont pas les bonnes !

    Elles ont encore besoin de soutien pour se rassurer, pour se libérer de ce lourd fardeau qu’est la peur, l’angoisse, le manque de confiance. Mais elles veulent arriver à cette plénitude de la vie. Coûte que coûte.

    Thème: La rupture comme evolution

     
    Réunion du 27 mars

    Le groupe semble de bonne humeur Aujourd'hui.

    A la rencontre précédente, l’animatrice a donné à chacune des participantes un texte sur le sujet de la rupture comme évolution afin de retrouver la confiance de soi.

    Chaque membre a lu avec intérêt ce résumé. Toutes disent que ce texte leur a redonné une force et une vision de la rupture complètement différente de ce que la société en général considère la rupture comme un échec. Au contraire pour elles, par la rupture elles ont pu retrouver leur estime de soi, leur autonomie.

    Par la rupture, elles ont pris conscience de l’importance de leur existence et du droit de décision. Une des personnes en lisant ce résumé a ressenti sa valeur, sa force et sa puissance .

    Une autre participante a pris conscience à travers ce texte, qu’elle n’avait pas complètement fait le deuil de la rupture avec son compagnon. Une partie d’elle qui ne lui appartient pas ne s’est pas encore dégagée de son esprit et de son corps pour être complètement elle-même.

    Toutes ont exprimé cette force positive cachée et déniée qui Aujourd'hui s’extériorise à travers les décisions qu’elles ont prises toutes seules.

    Elles peuvent se donner le droit que cette force leur appartienne d’une façon à part entière.

    Pour une fois, elles se sentent avancer réellement. Leur esprit et leur corps ne forment qu'un seul élément, et non deux éléments différents ressentis auparavant comme ne leur appartenant pas.

    Elles veulent continuer à le lire et le relire. Comme elles disent, à chaque lecture de ce texte, elles découvrent d'autres outils et moyens leur permettant de fonctionner encore différemment pour leur évolution et leur bien être.

    Se préserver sont les mots qui reviennent sans cesse . Certes il n’est pas évident de penser à soi quand durant tant d’années, elles n’existaient que pour les autres. Continuer à se faire plaisir, va leur autoriser à prendre soin d'elles, et de se diriger vers un "égoïsme positif".

    Chacune continue à tenir son engagement afin de ne pas retomber dans les automatismes qui les empêchent d’avancer.

    A la prochaine rencontre, nous continuerons à trouver de nouveaux outils à travers le texte de la rupture : évolution et confiance en soi.

    Réunion du 4 mai

    Après un mois d’absence le groupe se rassemble enfin Aujourd'hui. (Des entretiens individuels ont remplacé le groupe de parole car il n'y
    avait qu’une seule participante aux deux dernières réunions ).

    Elles semblent heureuses de se retrouver. On les sent impatiente de vouloir s’exprimer.

    L’une d’elle a vécu une période très éprouvante. Elle avait mis en place des démarches pour quitter le domicile conjugal et au dernier moment, elle est revenue à son domicile conjugal.

    Elle n’était pas prête encore pour sauter le pas. Pendant quelques semaines, son corps et son esprit ont refusé de réagir. Elle s’est sentie comme elle dit "mourir " pour renaître. Elle vit une phase où elle rejette tous les anciens fonctionnements (se montrer forte, être toujours en forme, tout assumer dans la maison, dire sans arrêt oui alors qu’elle pense non….) Elle sait qu’elle doit Aujourd'hui refuser ce mode de fonctionnement.

    Mais elle n’arrive pas encore Aujourd'hui à recréer de nouvelles directions pour agir différemment. D’où le sentiment de ne pouvoir et ne savoir rien faire. Elle est au stade de la recherche de nouveaux moyens pour être elle-même. Elle n'y arrive pas me dit-elle. " Je ne me sens rien, je n’ai plus de repère pour agir et je n’ai plus confiance en moi……. "

    Après avoir décharger toutes les émotions qui l’empêchaient d’être elle-même, elle se sent mieux, et récupère sa confiance.

    Elle retrouve ses capacités et ses valeurs par rapport à elle-même et non plus par rapport aux autres. Elle sait qu’elle doit stopper tous ces automatismes de son éducation, de la pression qu’elle a subie depuis son enfance : de la part de son père, et ensuite de la part de son
    mari.

    Elle sait qu'au fond d’elle-même elle y arrivera, même si elle ne peut agir concrètement maintenant. Retrouver tout d’abord sa confiance et son estime de soi.

    Une autre participante dit aller mieux. Elle arrive à sortir de la culpabilité vis à vis de ses enfants en leur préparant un pique nique au lieu d’un repas normal, en laissant de côté des charges matérielles à effectuer, en se couchant plus tôt ….

    Cette contrainte qu’elle s’était appliquée par rapport à l’image de la bonne mère de famille s’amenuise de jour en jour.

    Elle dit aussi ne plus ressentir la souffrance de l’autre quand l’une d’elle décharge ses émotions pendant son temps de parole.

    L’une d'elles relate la spiritualité qui l’aide à se retrouver, décharge sur l’agressivité de certaines personnes de son entourage. Elle a du mal à ne pas répondre de la même manière sachant pertinemment que ce n’est pas la bonne solution. Par la parole et par les pleurs, elle
    aimerait trouver un moyen de leur répondre sans passer par la violence. Par le changement de son propre comportement, celui des autres se modifiera. Elle dit que le soutien du groupe de parole l’aide beaucoup à avancer et à évoluer.

    Toute la rencontre se base sur ce souhait de récupérer son identité à part entière. Les souffrances par rapport à la violence conjugale ou familiale sont encore présentes. La fragilité de ces femmes aussi. D’où l’importance du soutien réel entre elles, et surtout la solidarité que
    dégage chacune par leur écoute et leur attention.


    Réunion du 18 mai

    Le groupe semble serein et apaisé. Une atmosphère de calme et de symbiose se dégage de chaque participante.

    Le rituel du comment ça va confirme cette ambiance de douceur et de chaleur.

    Le groupe semble avoir passé un cap. Celui d’avoir déchargé une grande partie de leur souffrance qui les empêchait d’être complètement elle-même et celui d’avoir pris conscience de mettre en place des moyens de ne pas souffrir dans le présent.

    C’est à dire accepter ce qui s’est passé en évacuant le maximum d’émotions et de créer en permanence des situations et faire des choix pour se sentir mieux dans sa peau.

    A la dernière réunion, chacune avait pris un engagement. Elles continuent à s’engager de nouveau dans la même direction, pour retrouver leur autonomie et leur identité.

    Le fait de continuer à se battre pour récupérer sa confiance, le fait d’être soi-même sans passer par des chemins sinueux et des apparences trompeuses, le fait de ne plus avoir peur de prendre des décisions, même si on s’est trompé……. Toutes ces décisions prises par elles-mêmes et non plus par d'autres les rassurent, et les ramènent sur leur propre existence avec la joie de vivre.

    Elles arrivent Aujourd'hui à ne prendre que des décisions qui les rendent fortes, présentes, confiantes, rassurantes, intelligentes…..

    Plus elles prennent des décisions sur leur vie, plus elles ont envie d’élaborer des projets à moyen ou long terme dans la perspective d’être heureuse et surtout de s’en donner le droit.

    Elles ont déchargé sur des émotions positives et non négatives. Ce qui est rare. Elles savent qu’elles peuvent aussi ressentir de la joie, du bonheur. Elles ont davantage la facilité de se trouver des qualités, de se valoriser, de se permettre d’aller aux delà des contraintes imposées par l’éducation, et les apprioris. Elles se donnent le droit de refuser les principes et valeurs qui les empêchent d’être elles-mêmes.

    Le fait de se sentir reconnu Aujourd'hui par ce qu’elles sont réellement leur redonne cette force qui était enfouie au plus profond de chacune.